Les avantages du bilinguisme des enfants dès le plus jeune âge

Le bilinguisme précoce favorise le développement des qualités d’adaptation et des aptitudes cognitives. A l’appui des études de plus en plus nombreuses menées sur le sujet dans le monde entier, Ranka Bijeljac-Babic est interrogée par Mathieu Vidard dans l’émission La Tête au carré (France Inter) et fait le point sur les caractéristiques du bilinguisme précoce.

Ranka Bijeljac-Babic, est psycholinguiste, et maître de conférences à l’Université de Poitiers. Elle est également membre du Laboratoire de psychologie de la perception de Paris-Descartes où elle mène des recherches sur les effets précoces du bilinguisme chez les nourrissons et, plus largement, sur le bilinguisme chez l’enfant. Elle est également vice-présidente de l’association CAFÉ bilingue (https://www.facebook.com/cafebilingue/) , qui défend la diversité des langues dans les familles, à l’école et dans la sphère publique. Elle est l’auteure de L’enfant bilingue, Odile Jacob, janvier 2017

Les nombreux travaux récents constatent les avantages du bilinguisme sur le développement cognitif des enfants. D’où l’intérêt de valoriser la richesse d’une double culture dès le plus jeune âge. Et quand on parle de bilinguisme, il ne s’agit pas nécessairement de l’apprentissage de l’anglais ou d’une langue internationale. Dans son laboratoire de l’université Paris Descartes,  baptisé Babylab, Ranka Bijeljac-Babic étudie l’acquisition du langage et le bilinguisme précoce de 5 mois à 3 ans. Le panel est conséquent, il est supérieur à 1500 enfants. A cinq mois, l’enfant est capable de discriminer les langues (et même dès la naissance, avec la reconnaissance de la mélodie de la langue). Ainsi, on constate grâce à la succion non nutritive qui permet de remarquer les réactions des nourrissons, que ceux-ci distinguent les langues. . Plus de la moitié de la population est bilingue : le monolinguisme devient minoritaire. Il n’existe toutefois pas de parfait bilinguisme, car les deux langues évoluent en parallèle, avec une langue dominante (qui n’est pas toujours la même tout au long de l’enfance et l’adolescence). Même si maintenir le bilinguisme familial dans un milieu (école par exemple) d’une autre langue, cet effort en vaut la peine.

La chercheuse revient aussi sur des idées reçues. Selon elle, parler deux langues à un enfant ne retarde pas son apprentissage du langage, chaque langue peut évoluer à son rythme. Toutefois, il est nécessaire de rester vigilent. Autre idée reçue : traditionnellement, il était conseillé que chaque parent parle une langue et une seule, selon le principe un locuteur/une langue, afin d’éviter le chaos linguistique. La recherche actuelle conteste cette position.

Autre avantage du bilinguisme, la facilité pour l’apprentissage d’autres langues. Plus on parle de langues, plus on peut en apprendre ! En revanche, une langue apprise dans l’enfance peut être oubliée. Ainsi, un enfant qui a vécu entre l’âge de trois et six ans en Italie, et qui parlait italien, l’a oublié ultérieurement faute de pratique. L’imagerie médicale actuelle montre qu’il n’y a plus de traces d’une langue apprise dans l’enfance et oubliée.

Peu d’inconvénients sont soulignés, bien qu’il soit conseillé d’éviter certains risques. Ainsi, le risque de « semi-linguisme », c’est-à-dire de ne maîtriser aucune langue, et de mélanger les deux. Il faut donc veiller à ce que les bases soient stables dans une langue pour progresser dans une autre. Toutefois, le mélange des langues, quand il a lieu, est provisoire. Il faut être plus vigilent au moment de l’acquisition de l’écrit, et commencer cet apprentissage, quand c’est possible, dans la langue la plus forte.

Pour en revenir aux avantages sur la longue durée, les études montrent que dans le cas des sujets bilingues, on constate l’apparition des maladies neuro-dégénératives quatre à cinq ans plus tard que chez les sujets monolingues (même si d’autres facteurs peuvent intervenir).

Enfin, le passage constant d’une langue à l’autre favorise l’attention aux changement de l’environnement. Bref, le bilinguisme n’est jamais facile, mais constitue un avantage personnel et sociétal.

Pour écouter l’émission dans son intégralité : https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-13-fevrier-2017

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