Cosmopolites, étrangers ou internationaux ?

Par une chaude après-midi d'été

Il fait très chaud cet après-midi du mois d’août ; je suis dans le RER A quand je reçois un message Wechat de mon copain O. Il a sponsorisé ma fille étudiante pour un stage à Shanghai et l’héberge. Il m’envoie une photo de « toute la famille » : ses trois enfants, son épouse, Anne, et ma fille, également à Shanghai cet été. Nous avons fait connaissance en 1999 lors de notre expatriation à Hambourg. Nos enfants avaient à peu près le même âge… entre 0 et 5 ans à l’époque. Depuis, nous sommes une vraie famille, bien que sans aucun lien du sang ; l’an dernier, je parlais à Anne des problèmes de santé de mon fils, qui du haut de ses 18 ans, m’a asséné : « Bon Maman, ça va ». Et mon amie lui a répondu, avec sa douceur habituelle : « ne t’inquiète pas, c’est la famille ». Mon fils n’a rien ajouté face à cette évidence. Ces cinq enfants ont grandi ensemble, parfois loin les uns des autres, mais toujours en contact. Comme des cousins toujours heureux de se retrouver le temps des vacances.

Wechat, le réseau préféré des expats en Chine

Bref, avec O. on chatte sur Wechat. Il est à Shanghaï, sur la route de l’aéroport, il m’envoie des photos ; je suis plus prosaïquement dans le RER parisien par une température caniculaire. Je suis bienvenue à Shanghai, anytime. Je sais, mais j’ai à faire ici, à Paris. Mon job, mes activités, mes enfants qui bien que jeunes adultes  ont encore besoin de moi (enfin c’est ce que je veux croire J). But, I’ll do my best, I do wish to visit you in Shanghai. Quoi qu’il en soit, ich bin sehr gespannt, Anne im August zu treffen Wei wenti, qu’il me répond. Ah… un petit tour sur Reverso, je n’ai aucune notion de mandarin !

En une quinzaine de minutes, nous avons échangé en français (normal, nous sommes Français), en anglais, en allemand et en pin-yin.

Etes-vous cosmopolite?


Et c’est là que le commun des mortels aurait souri et serait passé à autre chose mais cet échange me rappelle le roman justement dans mon sac. Mon enfant de Berlin d’Anne Wiazemski. En sortant du RER, sur le chemin de mon bureau, je pense à un passage que j’ai lu hier. Bon, un peu de contexte : Anne Wiazemski est la fille de Claire Mauriac, la petite-fille de François Mauriac. Sa mère Claire a épousé le prince Wiazemski à la fin de la Seconde guerre mondiale. Un prince russe, dont la famille a tout perdu pendant la révolution de 1917. Mais sa cousine Tatiana a épousé un prince Metternich (donc, un Allemand). A Berlin, Wia et Claire prennent le thé avec Tatiana à Berlin en 1946. La rencontre ne se passe pas très bien. Claire est agacée par Tatiana : «  Tatiana adresse au jeune couple un sourire heureux, commence une phrase en allemand, s’excuse, la reprend en anglais et pouffe de rire ». Il faut dire que Claire Mauriac ne parle que le français, et Wia demande à plusieurs reprises à sa cousine de parler en français. « Vous n’êtes vraiment pas cosmopolite, ma chère », assène Tatiana à Claire. « Pas vraiment, non », répond celle-ci. « Mais bien décidée à le devenir, je suppose », insiste Tatiana. « Pas du tout », répond la fille du grand écrivain.

En lisant ces lignes, j’avais trouvé Tatiana, princesse Metternich, vraiment snob, et pour tout dire assommante. Finalement, pourquoi, ai-je eu envie de raconter cette conversation banale ? Est ce que je ne ferais pas ma Tatiana ? Y –a-t’il une sorte de snobisme d’expat ? Aie, je suis revenue en France depuis plus plus de 10 ans et de vieux travers me reprennent ! Bien sûr avec les enfants, nous parlons principalement français, of course, mais aussi souvent en anglais, ou en allemand, quand les mots viennent plus facilement. La langue la plus adaptée arrive, et s’impose avec aussi un peu d’italien de ma part, et tout le monde sait de quoi je parle quand je dis d’aller chercher la tagliera- un truc en bois pour étaler la pâte à tarte qui me vient de ma grand-mère italienne. Mes grands –parents émigrés faisaient un effort pour apprendre le français, s’intégrer dans leur nouveaux pays et voilà que moi je pourrais devenir assommante avec mon multilinguisme ? Bon, regardons les choses autrement : le problème de Tatiana ce n’est pas qu’elle soit fière d’être polyglotte c’est qu’elle pense que son modèle est le meilleur ! Ouf ! Je peux continuer à chatter sans complexe avec mes amis expat !

Plus loin dans le roman, Claire découvre que son époux Wia connaît l’un de ses amis, Minko.

« - Et toi, comment connais-tu Minko ?

(…)

-          Par l’Ecole alsacienne. Nous étions un petit groupe d’amis d’origine étrangère. Il y avait principalement moi, le Russe, Minko, le Polonais, et Stéphane Hessel, l’Allemand. C’était formidable. Nous n’étions pas considérés comme des « étrangers », mais comme des « internationaux ». Pour nous trois, cette nuance était tellement importante… »

Nuance, nuance !

 

Je ferai de mon mieux pour vous rendre visite à Shanghai

Je suis très excitée de voir Anne cet été

Pas de problème

Mon enfant de Berlin, Anne Wiazemski, Editions Gallimard, 2009

Mon enfant de Berlin, Anne Wiazemski, Editions Gallimard, 2009, pages 196 à 198

Mon enfant de Berlin, Anne Wiazemski, Editions Gallimard, 2009, page 226

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