Les différences culturelles qui peuvent éclairer l’article « Vivre à Sydney »

Les petites touches, les exemples relevés dans l’article Vivre à Sydney, écrit par un Français, mettent en lumière des différences culturelles fortes entre les deux pays. Les cultures ont été modélisées par de nombreux chercheurs et je pense que le modèle de Geert Hofstede donne une grille intéressante de compréhension des cultures qui traduisent in fine différentes façons de voir de monde et la place de l’homme dans celui –ci.

 

En effet, l’éclairage de la culture australienne au travers des 6 indices (voir les définitions du fil du texte) du modèle de Geert Hofstede, apporte quelques clés de compréhension :

  • Tout d’abord l’indice de distance hiérarchique. On voit qu’en Australie, il est faible (36) comme il l’est aux USA. L’indice faible traduit le fait qu’au sein des entreprises australiennes, les supérieurs sont toujours accessibles et les managers s'appuient sur les employés et les équipes pour leur expertise. Les managers et leurs équipes communiquent facilement et régulièrement  de façon informelle, directe et participative comme le précise l’auteur de l’article  Vivre à Sydney : « Les relations en entreprises sont simples, directes et les relations hiérarchiques sont peu marquées ». Venant de France, cela peut paraitre curieux car en France au contraire, cet indice est de 68 et cet indice élevé explique les relations d’autorité sont  importantes  pour les Français et liées au statut de la personne et ce dès l’école. De ce fait l’existence d’inégalités sociales et de privilèges est relativement bien accepté, les signes de reconnaissance sont valorisés : taille du bureau, modèle de la voiture de fonction…  Les organisations traduisent ce fonctionnement par des chaines hiérarchiques généralement plus longues que dans les pays Anglo-Saxons.
  • L’indice d’individualisme est également très fort en Australie (90, comme aux USA : 91). Cela traduit une société construite avec des liens souples entre les individus. Chacun regarde d’abord son intérêt et celui de sa famille immédiate. En entreprise, les salariés sont autonomes et doivent faire preuve d’initiative. De ce fait, les décisions d'embauche et de promotion sont basées sur le mérite ou la preuve de ce qu'on a fait ou peut faire. L’emploi des seniors est valorisé par l’expérience acquise. On comprend mieux la remarque de cette française : « Ici c’est un peu chacun pour soi, pas la compétition pour être le meilleur mais simplement l’indifférence, tu es autonome et tu fais ton job au mieux ! ». En France, le score est relativement fort aussi et l’on favorise d’abord sa famille proche avant l’intérêt collectif. Mais la combinaison distance hiérarchique forte et individualisme élevé  conduit à un fonctionnement tout à fait singulier que l’on peut illustrer par quelques traits spécifiques :
    • Le lien émotionnel à la famille est particulièrement fort pour une société individualiste
    • Les collaborateurs sont généralement respectueux de leurs patrons mais n’hésitent pas à faire l’opposé de ce sur quoi ils se sont engagés vis à vis de lui s’ils pensent que c’est préférable. Cette forte distance hiérarchique opposée à la volonté de faire ce que l’on veut conduit au rejet du changement par une évolution concertée avec ceux qui ont le pouvoir et finalement le changement conduit aux grèves, révoltes voire révolutions. Employeurs et syndicats ont du mal à se parler tant ils pensent qu’ils appartiennent à deux espèces complètement séparées et pourtant nombreux sont ceux qui aspirent à devenir « chef » : patron, maire de son village ou de son club de bridge…
  • L’indice de « masculinité » ensuite. Il est de 61 en Australie, comme aux US. De ce point de vue,  la société australienne peut être considérée comme « masculine ». Comportement à l'école, travail et jeu reposent sur des valeurs communes que les personnes devraient «s'efforcer d'être le meilleur et ils peuvent l’être » et que « le gagnant rafle tout ». Les Australiens sont fiers de leurs succès et leurs réalisations dans la vie, et il offre une base pour les décisions d'embauche et de promotion sur le lieu de travail. Au niveau individuel, les conflits sont résolus et l'objectif est de gagner. En France, le score étant de 43 sur cet indice, on peut dire que a culture est plutôt centrée sur des valeurs dites féminines : importance du bien-être, de la qualité de la vie avec les 5 semaines de congés comme le pointent les Australiens…
  • L’indice de contrôle de l’incertitude exprime comment une société  cherche à « maitriser » l’avenir : devrions nous essayer de contrôler l'avenir ou juste le laisser se produire ? Il parle de notre anxiété face aux situations inconnues. Avec un score de 51 les Australiens sont beaucoup moins angoissés par l’inconnu que les Français dont l’indice est de 86 ! Au pays de Descartes, nous avons besoin de structure et de planning qui nous rassurent. Selon Hofstede, cela expliquerait (en partie)  pourquoi les Français sont efficaces pour développer des systèmes et technologies très complexes en environnement stable comme les centrales nucléaires, les TGV ou les avions…
  • L’appétence pour les lois, règlements, règles pourraient aussi traduire le besoin de stabilité. Toutefois, cela ne veut pas dire que les Français suivent ensuite toutes ces règles car l’indice fort de distance hiérarchique conduit à la recherche de privilèges pour les dépasser ou les contourner !

  • L’orientation long terme est un indice à la suite, exprime la propension des sociétés à se référer au passé.

    Les sociétés normatives, avec un score faible sur cette dimension, comme l’Australie (21) préfèrent par exemple maintenir les traditions et les normes et regardent les changements sociétaux avec suspicion. Les Australiens ont une relativement faible propension à épargner pour l'avenir et mettent l'accent sur la réalisation de résultats rapides. Ceux qui ont une culture avec un indice plus élevé, comme la France (63) adoptent, eux, une approche plus pragmatique. Les Français pensent le plus souvent que la vérité dépend énormément de la situation, du contexte et du temps. Ils ont une tendance forte à économiser, investir pour l’avenir.
  • Un dernier indice a été ajouté aux travaux de Hofstede : l’indulgence. Quand l’indice est fort comme en Australie, les habitants ont la volonté de se rendre compte de leurs pulsions et désirs avec égard pour profiter de la vie et de s'amuser. Ils possèdent une attitude positive et une tendance à l'optimisme. La France avec un score médian (48) est entre contrôle et pulsion ! . Si l’on combine avec l’indice d’incertitude très fort cela implique que les Français sont moins relax et profitent moins de la vie que ce à quoi on pourrait s’attendre, ce que l’on retrouve dans les indicateurs de bonheur qui ne sont pas si élevés que cela en France.

 

Si vous êtes intéressés par des formations, conférences sur l’interculturel, contactez nous !

Source: http://geert-hofstede.com/australia.html

 

L’indice de distance hiérarchique mesure le degré d’inégalité d’une culture donnée : plus elle est faible, plus l’égalité entre individus est effective. Si fort indice de différence hiérarchique : l’inégalité de statut, de pouvoir, d’autorité est acceptée de tous. La responsabilité de la décision est revendiquée par la hiérarchie. La légitimité du chef vient de son statut et non de sa compétence.

L’indice d’individualisme mesure le degré d'interdépendance une société maintient parmi ses membres.

Cette dimension mesure le niveau d’importance qu’une culture accorde aux valeurs masculines stéréotypes telles que l’assurance, l’ambition, le pouvoir et le matérialisme, ainsi qu’aux valeurs féminines stéréotypes telles que l’accent mis sur le bienêtre et les relations humaines

Le contrôle de l’incertitude reflète le degré d’inquiétude face  aux situations ambigües, inconnues ou incertaines

Cet indice décrit est comment chaque société doit maintenir des liens avec son passé tout en traitant avec les défis du présent et du futur.

Cette dimension est définie comme la mesure de la façon dont les gens essaient de contrôler leurs désirs et impulsions

Retour