Le retour d'expatriation, il y a de quoi en faire un film!

L'expatriation devient un sujet dans une comédie populaire

L’expatriation est devenue un fait de société, la preuve, un expatrié est le personnage principal d’une comédie populaire. « Jérôme Varenne, un homme d'affaires, vit à Shanghai depuis plus de dix ans. En voyage en Europe en compagnie de sa fiancée Chen-Lin, il profite de son passage à Paris pour voir sa famille. Lors d'un dîner catastrophique avec sa mère et son frère, il apprend que la belle demeure de son enfance, située à Ambray, n'est toujours pas vendue et que le promoteur qui l'a rachetée, Grégoire Piaggi, un vieux copain, et la mairie s'en disputent la propriété. Il décide de se rendre sur place. C'est ainsi qu'il retrouve Grégoire et fait la connaissance de la belle-fille de son père, la jeune, jolie et très impulsive Louise. De contretemps en contrariété, son séjour se prolonge... » . Tel est le synopsis du dernier film de Jean-Paul Rappeneau dans Télérama.  « Tu me reconnais ? » demande à Jérôme son ami d’enfance. Et de fait, Jérôme est un peu perdu, de dîner de famille en découverte. Lui qui est peut-être parti en Chine pour fuir son père (c’est en tout cas ce dont l’accuse son frère), n’est même pas venu pour les funérailles de son père, et surtout, il n’était pas présent devant le notaire lors de la succession. Maintenant, sa mère a vendu la maison où Jérôme a grandi, mais le nouveau propriétaire (Grégoire, l’ami d’enfance de Jérôme) ne peut pas régler le produit de la vente, bloqué chez le notaire. Vous suivez ? Car la mairie a exercé son droit de préemption, avec un jour de retard sur le délai légal, et le procès n’est pas loin.

"What are you doing here?"

Jérôme retrouve sa mère, fantasque, son frère, toujours coincé et avec lequel il en vient aux mains pour une broutille. En repoussant sans cesse son départ de France, il néglige ses affaires professionnelles, retrouve une réalité qu’il avait perdue de vue. La maison d’enfance est toujours là, mais vide et les scellées ont été posées sur les portes. Il se rend chez le maire et le notaire, mais la vérité embrouillée lui échappe, à lui le brillant homme d’affaires. Il cherche simplement à comprendre, mais ses interventions deviennent suspectes à Grégoire comme à son frère. L’expatriation lui permet d’avoir du recul, notamment par rapport à l’attitude de son frère : son père a eu une maîtresse, avec laquelle il a vécu heureux, et alors ? Sa mère a eu manifestement une liaison avec le maire, qu’importe ? Et sa fiancée chinoise lui demande « what are doing here ? ». Mais en même temps, son long séjour à Shanghai l’a éloigné pendant longtemps, et les petites trahisons ou combines des uns et des autres lui échappent.

Le retour d'expatriation, entre décalage et incompréhension

Bref, c’est le retour d’expatriation, avec le sentiment d’étrangeté et de décalage qu’il donne immanquablement. L’expatrié qu’est Jérôme n’a pas beaucoup changé physiquement, mais arrive comme un chien dans un jeu de quille, bousculant les petits arrangements pris en son absence. Grégory lui demande : « qu’est-ce que tu fais, là, qu’est que tu fouilles ? » : Jérôme n’est plus tout à fait le même, et les autres aussi ont continué d’avancer. La leçon à tirer de ce film divertissant ? L’éloignement géographique déconnecte l’expatrié de la réalité de son pays d’origine, le sépare peu à peu de ses proches, famille et amis, et le retour peut être rude, il ne faut jamais l’oublier, bien que ce film reste une comédie à happy end qui confirme toutefois que la société française renvoie encore trop souvent une image hostile à ceux qui ont quitté le pays, attendant que l’expatrié se pose enfin, et lui signalant, comme au passage, que « les vacances sont finies ». Mais ce n’est jamais un retour à la case départ.

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