Enseigner à l'étranger

Alceis a ce mois-ci voulu s’intéresser aux professeurs expatriés. S’il est facile d’en croiser en France au sein des collèges et des lycées, leur présence est en réalité bien plus étendues à l’étranger à l’intérieur des alliances françaises, associations, instituts français, universités, lycées bilingues ou ambassades. Pourquoi partent-ils ? Comment ont-ils réussi à s’intégrer ? De quel diplôme ont-ils eu besoin ? Nous leur avons posé nos questions.

 

Pourquoi partir enseigner à l’étranger ?

 

Si l’on est très pragmatique, on peut décider de partir pour le bien de son salaire. Le PetitJournal.com, actualité locale et internationale pour expatriés français et francophone souligne dans un de ses articles qu’en France, “un enseignant gagne au moins 24.595 euros bruts par an, soit à peu près autant qu’un collègue italien ou, chypriote mais beaucoup moins que son voisin allemand (44.860 €, 2e du classement) ou anglais (30.646 €, 8e). L’Hexagone se classe à une petite douzième place en termes de rémunération.

 

On part également du fait d’un attachement affectif dans le pays d’accueil. C’est le cas de Mélanie, 29 ans, qui après deux ans d’enseignement dans son pays d’origine, la Belgique, décide de rejoindre son compagnon d’origine anglaise pour enseigner à Londres, où les salaires sont en plus bien plus élevés.

Christel a également saisi cette opportunité au début de sa carrière : “J’ai suivi mon mari dans ses mutations professionnelles. Je travaillais dans la communication et ne pouvant pas exercer ma profession à l’étranger, j’ai décidé de passer un diplôme pour changer totalement d’activité et gagner en flexibilité

 

Lorsque l’on possède une double nationalité, le choix du départ peut aussi apparaître comme une évidence, c’est ce que souligne Christian, professeur franco-espagnol ayant enseigné la littérature espagnole en Espagne : “Je n'ai pas vraiment choisi ce pays. J'y ai toujours séjourné régulièrement depuis mon enfance. Au moment où je voulais enseigner, je ne pensais pas rentrer en France.”

 

Aspect financier, affectif, appartenance identitaire… La plupart des professeurs expatriés partent également pour s’immerger dans une nouvelle culture et dans une nouvelle façon d’enseigner de manière à renouveler ou à questionner leur méthode. Mais surtout au delà des aspects financiers et culturels, il s’agit de partir parce que la demande est là. Pour Mélanie, “L’intégration a été relativement facile. Dans le cadre professionnel également car les professeurs natifs sont rares et très en demande. Dès lors les écoles font de leur mieux pour nous garder “heureux””. Et pour cause, la multiplication des programmes bilingues dans les écoles à travers le monde propose de plus en plus de postes à des français compétents, diplômés et désireux d’enseigner leur langue maternelle.

 

Comment concrétiser son projet ?

 

Bien que vous maîtrisiez votre langue natale, cela ne suffira pas pour pouvoir enseigner les méandres de la grammaire française dans une autre langue. C’est là que le DAEFLE intervient. Le Diplôme d’Aptitude d’Enseignement du Français Langue Etrangère est une des solutions possibles pour enseigner à l’étranger. Ce diplôme peut être obtenu par le biais d’un parcours universitaire classique Licence-Master, par des formations courtes de cinq mois mais aussi par formations en ligne (MOOC) ou par le CNED et son partenariat avec l’Alliance Française (voir le site du FLE pour plus de détails). Avec ce diplôme, vous pouvez par exemple choisir de devenir professeur indépendant par le statut Auto-Entrepreneur et ainsi proposer vos services à toutes sortes de structures avec plus de flexibilité.

 

En dehors de l’enseignement du français, devenir titulaire d’un poste à l’étranger repose cependant sur des facteurs très variés. Christian en a fait les frais lorsqu’il a décidé de partir enseigner la littérature espagnole en Espagne : “Il est beaucoup plus difficile d'avoir une place fixe de professeur en Espagne car les concours ont lieu par Communauté Autonome et que les postes sont limités. Aussi y a t-il très peu de mobilité : lorsqu'un enseignement a une place, il la garde... En France, le système des mutations me semble salutaire, il permet à l'enseignant et à l'établissement de se renouveler.”

 

Il vous reste une dernière option avant de vous pencher sur les particularités de chaque pays en terme de titularisation : Assistant de professeur de français à l’étranger. C’est sur le site du CIEP ou Centre International d'Etudes Pédagogiques rattaché à l’Education Nationale que les conditions de candidature sont affichées. Une option non négligeable si vous avez entre 20 et 30 ans, l’envie de découvrir ce qu’est l’enseignement dans d’autres pays sans vous lancer à corps perdu dans un poste longue-durée. Cette option destinée aux jeunes aux portes du marché du travail nécessite que vous soyez inscrit dans une université française, que vous ayez au minimum une année de licence en langue anglaise et un niveau B1 dans la langue visée. (Voir les autres conditions sur le site du CIEP)

 

Enseigner à l’étranger, un choc culturel avant tout.

 

Avant de partir attendez-vous bien-sûr à avoir quelques surprises. L’organisation des établissements varient beaucoup selon les pays. Titulaire d’un poste en Espagne, Christian note que “Administrativement, la charge du professeur est plus lourde en Espagne qu'en France : il doit faire plus de synthèses pédagogiques, prendre part à la vie de l'établissement mais cette différence a tendance à diminuer car on nous sollicite de plus en plus en France également.” Mélanie arrive à la même conclusion en Angleterre : “La charge administrative du professeur est beaucoup plus grande (analyse de données, formulaires, ...) mais l'aspect financier est tellement intéressant que cela vaut vraiment la peine même si les attentes et la pression mise sur les professeurs sont très fortes.”

 

Le contact avec les enfants peut lui-même surprendre : Selon Mélanie, enseignant à des élèves de 5 à 18 ans : “La grosse différence entre la Belgique et l'Angleterre est le comportement et la discipline. Les élèves anglais ont plus de libertés (se lever en classe, parler,...) et la relation avec la professeur est moins formelle.” Professeur d’élèves de collège/lycée, Christian fait remarquer que “Les professeurs et les élèves sont plus proches, il n'y a pas la même barrière et le dialogue est beaucoup plus présent qu’en France”

 

Cette barrière c’est la hiérarchie très marquée entre élève et professeur entretenue en France. Une organisation à laquelle les professeurs se sont habitués et qu’ils essayent de maintenir parfois coûte que coûte en cours. Dans certains pays sont plutôt favorisées des méthodes relationnelles plus souples destinées à guider l’élève plus qu’à le diriger. Ces rapports sont parfois reproduits à l’intérieur du corps professoral comme l’illustre Christian à travers l’exemple espagnol : “Les collègues étaient plus soudés et le rapport à la hiérarchie est bien moins marqué.”. Une méthode pertinente déjà observée dans les pays du nord comme la Finlande où l’éducation se porte très bien selon le célèbre rapport PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis). La Finlande et ses élèves y sont classés 5ème sur 70 pays dans la maîtrise des sciences, de la compréhension de l’écrit et des mathématiques (Singapour étant le premier pays, suivi par le Japon et l’Estonie.).

 

Quel que soit votre profil, vous possédez en grande majorité une des qualités nécessaires à l’enseignement du français: vous maîtrisez la langue française. Il ne vous reste plus qu’un diplôme et qu’un billet d’avion à obtenir pour tenter l’aventure! Enseigner une matière différente de votre langue maternelle vous mettra plus directement en compétition avec les professeurs du pays en question, il vous faudra prouver votre valeur pour être pris. Mais après tout, cela vaut le coup, l’enseignement n’est-il pas considéré par certains comme le plus beau métier du monde ?

 

Enseigner, c'est faire en sorte que chaque cours sonne l'heure du réveil.” Daniel Pennac, Chagrin d’école, 2007

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